Le risque d’aimer

La première lecture nous montre les Apôtres, après l’Ascension, comme « confinés » à Jérusalem dans la « chambre haute », avec quelques autres, dont Marie, la mère de Jésus, « unanimes, assidus à la prière » dans l’attente de l’Esprit promis. Le soir de Pâques, les disciples étaient aussi comme « confinés » dans la « chambre haute », mais par peur, enfermés, portes verrouillées. Deux « confinements » semblables et pourtant très différents ! Nous aussi, nous avons vécu des confinements différents, en passant peut-être par diverses attitudes intérieures, depuis la crainte d’être contaminé et contaminant, la désolation face à l’imprévoyance de nos gouvernants et leurs affirmations contradictoires, la compassion avec les victimes et leurs proches, jusqu’à l’espérance à la vue du dévouement des soignants et de la mise en lumière du travail indispensable des « petits » (éboueurs, agriculteurs, transporteurs, caissières, etc.), sans compter toutes les initiatives inventives et heureuses. N’est-ce pas un appel pour construire avec humilité, chacun selon ce qu’il peut, un « demain » libéré des failles que cette crise a manifestées ? Ce confinement a pu permettre aussi de « plonger » davantage en soi-même, notamment par la prière et la méditation, car il faut du silence et du temps pour discerner l’accessoire de l’essentiel, lequel est inséparable de la qualité de notre lien avec autrui, qualité qui ne se réduit pas à l’utilité pratique et technique.

Dans l’Évangile, il est question de « gloire ». Dans la Bible, la « gloire » n’est pas la renommée, la célébrité, les honneurs, mais la valeur réelle, et souvent cachée, laquelle est estimée à son « poids » : c’est ce qui a du poids, ce qui compte et rayonne vraiment, la vraie splendeur. Jésus prie son Père avant son arrestation et parle de son « heure », celle de la Croix où le Fils nous fait connaître, par le don de sa vie, l’amour extrême de Dieu pour nous. C’est le moment où la « gloire » du Père et du Fils (= le « poids » infini de leur amour) est manifestée dans tout son éclat.

Jésus n’est pas venu seulement pour nous sauver de la mort, mais pour que nous ayons la vie en plénitude. Il est la réponse à la question la plus décisive : qu’est-ce que vivre « humainement » ? Est-ce rechercher un bonheur paisible par le confort matériel, la consommation, et payer ses impôts pour être quitte avec les autres qui rendent ce bonheur possible ? Jésus éclaire notre condition mortelle par sa victoire sur la mort, non pas pour nous donner de traverser la mort afin de vivre à jamais une vie selon nos désirs, mais pour nous faire naître à une vie nouvelle dont le principe directeur est le risque d’aimer jusqu’à mourir d’aimer. Vivre, c’est apprendre à aimer comme Jésus nous a aimés, c’est vivre une vie humaine habitée par l’Esprit de Dieu, une vie humaine et divine, vraiment humaine parce que devenant divine par le don de l’Esprit de Sainteté que nous célébrerons dans 8 jours.

Raymond JARNET, diacre