En 2006, Monseigneur Jorge Mario Bergolio, archevêque de Buenos Aires (Argentine) prêcha à ses frères, les évêques d’Espagne, une retraite inspirée par les Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola. Nous retrouvons dans ce texte les grandes intuitions sur le combat spirituel portées par celui qui deviendra en 2013 le pape François.
La souffrance, qui se manifeste lorsque l’on accomplit la volonté de Dieu, est la condition essentielle du règne de Dieu. Il ne manque pas d’occasions où le Seigneur fait en sorte que les disciples, ou ceux qui aspirent à le devenir, en prennent conscience. Le Seigneur, face à Pierre qui voulait abandonner la croix de l’Evangile, est conduit à l’appeler « Satan ». Prenons le temps de méditer le passage de Mc 8, 31-33 au cours duquel le Seigneur réprimande fermement Pierre et lui montre que, aussi vrai qu’il y a des pensées qui lui sont inspirées par le Père, d’autres pensées « ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes. »
Il est tentant de se persuader que notre mission de pasteurs peut être réalisée sans souffrances. Mais c’est précisément une tentation. Peut-être que l’expression de saint Paul « soutenir par en dessous la communauté » représente la croix silencieuse que tout pasteur doit embrasser. En tout cas nous devons savoir que toute autre croix est un leurre qui nous empêcherait de porter celle, essentielle, qui correspond à notre mission, c’est-à-dire au poids de la communauté dont nous avons la charge. On n’invente pas sa croix, mais on ne la prend pas non plus comme une fatalité. C’est le Seigneur qui la met sur nos épaules et nous dit : « Prends ta croix et suis-moi. » Cette croix est un joug porté à deux et le Seigneur en porte la plus grosse part.
Pour porter la croix, le pasteur aura besoin de la force qui vient de l’espérance et il doit la demander dans la prière. Alors, par exemple, il aura le courage de prendre les décisions nécessaires, même si elles sont impopulaires. Il aura besoin de magnanimité pour mettre en œuvre de difficiles entreprises au service de notre Seigneur Dieu et pour persévérer dans leur accomplissement, sans se décourager devant les obstacles.
Avec quel critère discerner que nous ne portons pas la croix de la mission ? Quand nous ne goûtons pas plus l’espérance, c’est un signe révélateur. Nous tombons alors dans la recherche de signes extraordinaires et nous perdons la mémoire, comme les disciples d’Emmaüs, des signes que Dieu nous a donnés dans les épreuves et les difficultés de l’Eglise, tout au long de l’histoire. Dans l’épisode d’Emmaüs, on voit combien ce qu’« espéraient » les disciples était en contradiction avec la croix du Seigneur. Quand il leur montre qu’il était nécessaire que le Messie souffre pour entrer dans sa gloire (Lc 24, 26), leur cœur commence à brûler de la véritable espérance, celle qui embrasse la Croix.