Le sport naît comme une expérience relationnelle : il met en contact les corps et, à travers les corps, les histoires, les différences, les appartenances. S’entraîner ensemble, rivaliser loyalement, partager la fatigue et la joie du jeu favorise les rencontres et crée des liens qui dépassent les barrières sociales, culturelles et linguistiques. En ce sens, le sport est un puissant facilitateur de relations sociales : il crée des communautés, éduque au respect des règles communes, enseigne qu’aucun résultat n’est le fruit d’un parcours solitaire. Cependant, précisément parce qu’il mobilise des passions profondes, le sport comporte également des limites. La dimension éducative du sport se révèle particulièrement dans la relation entre la victoire et la défaite. Gagner ne signifie pas simplement être le meilleur, mais reconnaître la valeur du chemin accompli, de la discipline, de l’engagement partagé. Perdre ne coïncide pas avec l’échec de la personne, mais peut devenir une école de vérité et d’humilité. Le sport enseigne ainsi une compréhension plus profonde de la vie, dans laquelle le succès n’est jamais définitif et l’échec n’est jamais le dernier mot. Accepter la défaite sans désespoir et la victoire sans arrogance c’est apprendre à être dans la réalité avec maturité, en reconnaissant ses limites et ses possibilités. […]
De plus, lors d’une expérience sportive, la personne concentre souvent entièrement son attention sur ce qu’elle fait. Il se produit une fusion entre l’action et la conscience, au point qu’il ne reste plus de place pour une attention explicite à soi-même. En ce sens, l’expérience interrompt la tendance à l’égocentrisme. En même temps, les personnes décrivent un sentiment d’union avec ce qui les entoure. Dans les sports d’équipe, cela est généralement vécu comme un lien ou une unité avec les coéquipiers : le joueur n’est plus replié sur lui-même, car il fait partie d’un groupe qui tend vers un objectif commun. Le Pape François souligna cet aspect à plusieurs reprises lorsqu’il encouragea les jeunes athlètes à être des joueurs d’équipe. Il a par exemple déclaré : « Soyez des joueurs d’équipe. Appartenir à un club sportif c’est refuser toute forme d’égoïsme et d’isolement ; c’est une occasion de rencontrer les autres et d’être avec les autres, de s’entraider, de se confronter dans le respect mutuel et de grandir dans la fraternité ». […]
Le vrai sport éduque à un rapport serein avec les limites et les règles. La limite est un seuil à franchir : c’est ce qui rend l’effort significatif, le progrès intelligible, le mérite reconnaissable. La norme est la “grammaire” commune qui rend le jeu possible. Sans règles, il n’y a ni compétition, ni rencontre, mais seulement chaos ou violence. Accepter les limites de son corps, du temps, de la fatigue, et respecter les règles communes c’est reconnaître que la réussite naît de la discipline, de la persévérance et de la loyauté.
Lettre du Pape Léon XIV sur le sport 6 février 2026
