« Celui qui veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour et qu’il me suive. » (Lc 9, 23)

Cet appel pourrait servir d’introduction à notre Semaine Sainte. En entendant cet appel, notre cœur se serre en pensant aux souffrances, et combien il est naturel de repousser ce qui nous fait souffrir ! Le Christ lui-même a prié pour que la coupe de la Passion passe loin de lui. Nous ne désirons pas la souffrance, mais s’il faut souffrir pour être avec le Père, alors que tout cela soit « non pas comme moi, je veux, mais comme toi, tu veux. » (Matthieu 26, 39).

Bien sûr nous aimerions ne pas souffrir, mais ce n’est pas la réalité de notre vie humaine. Nous pouvons souffrir en espérant que notre immobilisme nous rendra les choses moins pénibles, où nous pouvons nous lever, souffrir, mais avancer vers quelque chose, vers quelqu’un. Le chemin à la suite de la Croix n’est pas une alternative entre une vie sans souffrance et une vie avec les souffrances ; mais entre une vie, avec les souffrances, mais sans but, et une vie, avec les souffrances, mais qui ne se résigne pas et qui avance.

Le pape François a écrit personnellement les méditations du chemin de croix du Colisée en avril 2025. Il introduit ces méditations en écrivant : « Le chemin du Calvaire passe par nos chemins de tous les jours. Seigneur, nous allons généralement dans la direction opposée à la tienne. Il se peut que nous rencontrions ton visage, que nous croisions ton regard. Nous avançons comme d’habitude et tu viens vers nous. Tes yeux lisent dans nos cœurs. Nous hésitons alors à continuer comme si de rien n’était. Il est possible de nous retourner, de te regarder, de te suivre. Il est possible de nous engager sur ta route et nous rendre compte qu’il vaut mieux changer de direction. »

Le chemin à la suite de la Croix, est un changement de direction. Ce n’est pas un chemin facile, en tout cas au début ; il nous faut nous arracher à nos illusions de confort et de sécurité. Mais ce chemin conduit vers le salut et non pas vers la déception. Le chemin de Croix nous révèle nos contradictions internes, nos péchés, nos compromissions, et ce dépouillement est douloureux. Il faut passer par là pour renaître comme des hommes et des femmes nouveaux. C’est un chemin qui passe par les souffrances de l’enfantement, mais qui est pour la vie et non pas pour la mort.

Seule l’invitation « Viens ! Suis-moi ! » doit être entendue, et il faut faire confiance au regard d’amour de celui qui nous appelle.

Père Gaël Bénéat+