« Il ne nous appartient toutefois pas de rassembler toutes les marées du monde, mais de faire ce qui est en nous pour le secours des années dans lesquelles nous sommes placés, déracinant le mal dans les champs que nous connaissons, de sorte que ceux qui vivront après nous puissent avoir une terre propre à cultiver. »
On pourrait être désespéré devant l’immensité du travail à faire dans une société fracturée et désabusée. Dans son encyclique Magnifica Humanitas, le Pape Léon XIV, nous encourage à ne pas perdre espoir : « La civilisation de l’amour ne naît pas d’un geste unique et spectaculaire, mais d’une somme de petites et tenaces fidélités faisant barrage à la déshumanisation. », et il nous propose cinq pistes de responsabilité quotidienne.
Désarmer les mots : Le pouvoir des mots est immense et nous en faisons l’expérience dans notre communication quotidienne, lorsque quelqu’un nous dit quelque chose qui modifie notre état d’esprit, en bien ou en mal. La paix commence par chacun de nous : par la manière dont nous regardons les autres, dont nous les écoutons, dont nous parlons d’eux ; nous devons dire “non” à la guerre des mots et des images.
Construire la paix dans la justice : Saint Augustin écrit : « Il n’est personne pour ne point désirer la paix, mais tous ne veulent point faire la justice. À quoi bon être en guerre avec la justice ? La justice te dit : Ne vole point, et tu n’entends pas ; Ne commets point l’adultère, et tu ne veux pas entendre ; Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux point qu’on te fasse ; ne dis pas à autrui ce que tu ne veux pas que l’on te dise. […] Veux-tu donc arriver à la paix ? Fais les œuvres de la justice ! ».
Adopter le regard des victimes : Il y a des conflits où il n’est pas juste de rester neutre et où il ne suffit pas de s’estimer “ne pas être complice”. C’est pourquoi nous ne pouvons pas nous cantonner à des analyses abstraites. Comme l’a rappelé le Pape François, nous devons “toucher l’humanité” de ceux qui souffrent : regarder les visages, écouter les histoires et reconnaître les blessures.
Cultiver un sain réalisme : Le réalisme authentique ne renonce pas à changer le monde. Il commence par voir clairement les intérêts, les peurs, les entraves et les rapports de force, précisément pour évaluer ce qu’il est possible d’obtenir et par quelles étapes. Il cherche des voies praticables pour que la paix soit plus qu’un mot.
Relancer le dialogue : Il s’agit d’acquérir une attitude permettant de tisser des liens de fraternité fondés sur l’écoute, des regards sincères, du temps donné, voire même du temps perdu ensemble. Car il devient beaucoup plus difficile ne serait-ce que d’imaginer la guerre si nous faisons l’expérience d’une rencontre authentique avec l’autre, celui qui est différent, l’étranger, le migrant.
Pape Léon XIV, « Magifica Humanitas » (N°213-220), 15 mai 2026.
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« Personne ne peut exiger de nous que nous reléguions la religion dans la secrète intimité des personnes, sans aucune influence sur la vie sociale et nationale, sans se préoccuper de la santé des institutions de la société civile, sans s’exprimer sur les événements qui intéressent les citoyens »
Le Pape Léon XIV vient de publier sa première encyclique « Magnifica Humanitas ». C’est une encyclique sociale qui s’inscrit dans la suite des textes qui forment « La Doctrine Sociale de l’Eglise ». Cette doctrine a commencé à se constituer avec l’encyclique du Pape Léon XIII « Rerum Novarum » (1891), au moment où les sociétés prennent conscience des enjeux des questions sociales et de leur impact dans l’organisation de la société des hommes.
Le Pape Léon XIV, de manière très pédagogique, commence par expliquer, en quoi l’Eglise Catholique, a toute sa légitimité pour parler des questions sociales, et pourquoi sa voix doit être prise en compte.
« Présente dans le monde comme signe d’unité pour toute la famille humaine, l’Église reconnaît dans les questions et les défis du temps actuel le cadre dans lequel exercer sa vocation à l’écoute, au dialogue et au service, en se laissant interpeller par tout ce qui touche à l’existence des hommes et des femmes d’aujourd’hui. Cette imbrication de vie avec les peuples lui fait comprendre de plus en plus que sa mission revêt une portée historique et implique une responsabilité vis-à-vis de la manière dont se tissent les relations sociales. C’est pourquoi elle ne peut se considérer comme étrangère aux dynamiques qui façonnent le visage de la société. Au contraire, elle participe activement aux processus par lesquels la société même se développe et s’organise, apportant sa contribution à la mise en place d’une coexistence plus juste et plus fraternelle. […]
L’appel et l’engagement à cheminer avec l’humanité dans la réalité concrète de l’histoire conduisent l’Église à reconnaître que les réalités terrestres possèdent une consistance et un ordre qui leur sont propres. […] Dans cette perspective, l’Église apparaît comme une présence qui aide à lire la réalité en profondeur, en soutenant avec une humble fermeté les choix favorisant la dignité de chaque personne, la cohésion des communautés et le bien de tous. Ainsi se place-t-elle aux côtés du monde sans s’y superposer, afin que dans chaque événement humain puisse germer la promesse de justice et de paix que l’Esprit Saint continue de susciter au cœur de l’humanité. »
Pape Léon XIV, Encyclique « Magifica Humanitas » (N°19-20), 15 mai 2026
